Thermes de Caracalla – Rome

Les thermes de Caracalla (en latin : Thermae Antoninianae), inaugurés à Rome sous l’empereur romain Caracalla en 216 après. J.-C., sont les plus grands et les plus luxueux thermes romains réalisés jusqu’alors, même s’ils sont dépassés par la suite.
Texte de Wikipédia
La construction des thermes dans le prolongement de la colline de l’Aventin, entre la Via Nova parallèle à la Via Appia et la Via Ardeatina, a débuté sous Caracalla en 212, comme l’indiquent les estampilles sur les briques de construction et non comme on l’affirme parfois à la fin du règne de Septime Sévère (193-211). Les travaux se prolongent jusqu’en 216. Un peu plus tard, deux autres empereurs en achèvent la construction avec l’enceinte extérieure : Héliogabale (218-222) ajoute des portiques qui sont complétés plus tard par Sévère Alexandre (222-235)[1].
Bâtiments
La conception des thermes de Caracalla reprend le modèle des thermes de Trajan, complexe thermal construit un siècle plus tôt entre 104 et 109. Selon un plan rigoureusement symétrique, l’édifice se compose d’un corps central destiné aux bains encadré par une enceinte presque carrée. Compris entre les deux péristyles de l’enceinte, les thermes s’intègrent dans un vaste ensemble comprenant également une grande esplanade, ou péribole, occupée par des jardins pour la promenade, des fontaines et des bancs. Les ouvertures sont nombreuses sur l’enceinte et rares pour entrer dans le bâtiment principal, dont les murs austères ne disposent que de quelques ouvertures.
L’enceinte se présente donc comme un lieu où sont répartis tous les services accessoires n’ayant pas de rapport avec les bains. Les bains ne sont pas seulement un endroit où on se lave, c’est un centre communautaire à vocations multiples. L’orientation des thermes est calculée pour que la partie chaude (caldarium) profite au mieux de la chaleur du soleil, comme c’est le cas d’ailleurs pour tous les grands thermes romains de la période impériale.
Enceinte
L’enceinte forme une terrasse presque carrée de 335 m sur 353 m et délimite un espace d’environ 110 000 m2. Le côté nord-est est constitué d’un portique, précédé de deux étages de pièces voûtées dans lesquelles se trouvent des boutiques et probablement des tavernes et des restaurants. Dans les côtés nord-ouest et sud-est, il y a de grandes absides symétriques dans lesquelles certaines salles sont peut-être chauffées. On y trouve de chaque côté un nymphaeum, un gymnasia (gymnases subsidiaires), où l’on s’échauffe avant le bain, et des salles de conférences ou de travail. Certaines pièces sont peut-être destinées aux massages, aux frictions et au parfum pour les plus riches.
Dans le côté sud-ouest sont placées les citernes et de chaque côté de celles-ci les bibliothèques grecque et latine et des salles de lecture publique. Entre les citernes et l’édifice thermal proprement dit se trouve un stade et une longue exèdre en forme de demi-stade qui comporte quelques rangées de gradins. Au-delà de ce mur se trouvent les abondantes réserves d’eau transportées par un aqueduc.
Bâtiment central
Le bâtiment thermal forme un rectangle assez compact, élargi d’un demi-cercle formé par la rotonde du caldarium. Il n’est pas placé au centre exact de l’enceinte, mais est décalé, plus proche du péristyle nord, ménageant ainsi une vaste cour-jardin sur la partie sud. Il s’organise autour d’un axe central nord-est/sud-ouest formé par l’enfilade de la piscine (natatio), du frigidarium, du tepidarium et du caldarium. Un second axe perpendiculaire au précédent s’articule sur le frigidarium flanqué de deux palestres. Cette disposition en croix est complétée par des salles de service ou de circulation (vestibules d’entrée, vestiaires, etc.) pour constituer un corps de bâtiment compact.
Ainsi, toutes les salles rayonnent autour du frigidarium central, ce qui permet la circulation aisée des usagers. Le bâtiment thermal mesure 214 m de long pour 110 m de profondeur, caldarium non compris. Le frigidarium, véritable nef à trois voûtes soutenues par huit piliers mesure 58 m sur 24 m. Le caldarium forme un cercle de 34 m de diamètre, à moitié enchâssé dans le bâtiment. Ses huit piliers soutiennent une coupole d’une hauteur évaluée à 45 m. Chaque cour intérieure des palestres mesure 50 m sur 20 m. La natatio, par ses 53 m de long, peut rivaliser avec les piscines de compétition modernes. Chaque fonction essentielle du bâtiment est matérialisée dans une architecture qui lui est propre. La maîtrise de la construction, qui se voit dans l’équilibre du plan, la puissance des voûtes et la grandeur des proportions ont participé à la conservation et à la réussite de l’édifice.
Bibliothèque
La bibliothèque des thermes de Caracalla est construite en même temps que les thermes en 216 ap. J.-C. et inaugurée par l’empereur Caracalla. Située sur le côté sud-ouest des thermes, la bibliothèque est séparée en deux salles, une pour les ouvrages grecs et l’autre pour les livres latins. Il existe aussi des salles de lectures publiques, le tout autour des citernes. Les ruines sont dans un bon état de conservation, à l’exception du caldarium, complètement rasé. On y reconnaît les vastes salles nommées exedrae amplissimae, où la voûte plane était supportée par des barres de bronze. On y voit les restes du stade, de la grande cour environnée de portiques ; des exèdres en forme d’hémicycles, pour les discussions philosophiques ; des salles circulaires pour les bains chauds (caldaria). Il semblerait que tout le voûtement du caldarium ait été fait d’une charpente métallique noyée dans la maçonnerie d’une coupole surbaissée.
Les hauts murs (plus de 20 m) forment des massifs de béton particulièrement imposants et épais, pour éviter l’influence des températures extérieures et soutenir la poussée des voûtes. Ils sont en opus caementicium (moellons noyés dans un mortier fait d’un mélange de chaux et de différents matériaux, appelés agrégats) et coulés entre des parements de brique rouge. Les murs porteurs entre le frigidarium et la piscine, zone non couverte et donc dépourvue d’un toit capable de contrebuter la voûte du frigidarium, sont renforcés, constituant de véritables contreforts. Plusieurs styles de toits sont possibles : plats, à double pente, chiens assis, coupole ou demi-coupole. Les toits sont en tuiles (tegulae), sauf dans la salle du caldarium, couverte d’une coupole.
C’est l’utilisation de la brique, matériau léger, du béton et de la voûte d’arête qui a permis de construire et de couvrir des bâtiments aussi vastes. En août 2005, les archéologues ont retrouvé le lieu de fabrication des briques employées pour la construction des monuments romains les plus prestigieux (Colisée, Panthéon, thermes de Caracalla…) Il est localisé à Mugnano, à 80 km au nord de Rome. La fabrique était celle des frères Domitius Tullus et Lucanus, dont la marque caractéristique se retrouve sur les briques sorties de leurs ateliers.
D’après Pierre Gros, spécialiste de l’architecture antique, le chantier a vraisemblablement été organisé en grandes terrasses : les remblais, nécessaires pour égaliser le terrain en pente, ont été utilisés systématiquement. Pendant la construction des murs, le niveau de la terre rapportée s’élevait lui aussi jusqu’aux voûtes, ce qui explique l’absence de trous de boulins dans les parois jusqu’à environ 20 m au-dessus du sol ; on a ainsi obtenu pour la mise en place des couvrements un plan de chantier solide qui a évité de périlleux et coûteux échafaudages ; on évacuait ensuite les équipements, matériaux et outils nécessaires à l’opération par les vastes ouvertures sous arcade ou coupole, avant même de procéder à l’élimination des remblais. Enfin, l’essentiel du travail de finition s’organisait du haut vers le bas en suivant l’abaissement du terre-plein. Ces méthodes, simples, mais efficaces, expliquent que quelques années aient suffi pour élever de telles masses.

