Catacombes de Paris – Paris

Les catacombes de Paris, terme utilisé pour nommer l’ossuaire municipal, sont à l’origine une partie des anciennes carrières souterraines situées dans le 14e arrondissement de Paris.

Texte de Wikipédia
Les catacombes de ParisÉcouter, terme utilisé pour nommer l’ossuaire municipal, sont à l’origine une partie des anciennes carrières souterraines situées dans le 14e arrondissement de Paris, reliées entre elles par des galeries d’inspection. Elles sont transformées en ossuaire municipal à la fin du XVIIIe siècle avec le transfert des restes d’environ six millions d’individus, évacués des divers cimetières parisiens jusqu’en 1861 pour des raisons de salubrité publique. Elles prennent alors le nom abusif de « catacombes », par analogie avec les nécropoles souterraines de la Rome antique, bien qu’elles n’aient jamais officiellement servi de lieu de sépulture.
D’environ 1,7 km de long visitable, situées à vingt mètres sous la surface, elles sont officiellement visitées par environ 500 000 visiteurs par an (chiffres de 2015) à partir de la place Denfert-Rochereau et constituent un musée de la ville de Paris, dépendant du musée Carnavalet. Cette partie ouverte au public ne représente qu’une infime fraction (environ 0,5 %)[réf. nécessaire] des vastes carrières souterraines de Paris, qui s’étendent sous plusieurs arrondissements de la capitale. Il existe aussi d’autres ossuaires souterrains à Paris, inaccessibles au public.
Contexte : carrières souterraines de Paris
Près de trois cents kilomètres de galeries s’étalent sous Paris intra-muros, sur parfois trois niveaux de carrières. La profondeur moyenne est d’environ vingt mètres sous le niveau du sol naturel. Lorsque ces carrières étaient actives, on en extrayait de la pierre à bâtir, qui a permis pendant plusieurs siècles de construire les bâtiments de Paris sans importer d’autres matériaux de construction.
Mais il existait aussi des vides souterrains constitués par les anciennes carrières de gypse (au pied du Sacré-Cœur, par exemple). Ces vides sont quasiment tous comblés ou foudroyés (carrière volontairement effondrée par explosion des piliers). Seule subsiste la grotte des Buttes-Chaumont qui est, en réalité, une partie d’une ancienne carrière souterraine. On assimile abusivement les catacombes à l’ensemble des carrières de la capitale, bien qu’elles n’en représentent en réalité qu’une infime fraction.
À la fin du XVIIIe siècle, pour faire face à la saturation des cimetières parisiens et aux problèmes croissants d’insalubrité, la décision est prise de déplacer les ossements dans une partie des carrières situées hors de la barrière d’Enfer du mur des Fermiers généraux, sous la plaine de Montsouris, appartenant alors au territoire de Montrouge.
Problème des cimetières
Le cimetière des Saints-Innocents apparaît au Ve siècle autour de l’église Notre-Dame-des-Bois, lieu de culte mérovingien installé à cet endroit. Probablement détruite durant les invasions normandes de 885-886, elle est remplacée au XIe siècle par l’église Sainte-Opportune, qui reçoit dès lors dans son enclos les morts de plusieurs paroisses de la rive droite. Ce cimetière prend en 1130 le nom de Saints-Innocents en référence aux « saints Innocents », enfants de Judée massacrés sur l’ordre du roi Hérode ; mais ce nom semble également source de confusion dès cette époque avec celui de Saint-Innocent, à la suite de l’inhumation d’un enfant prétendument crucifié par des Juifs à Pontoise vers 1179, et à l’origine de miracles après son inhumation en ce lieu sous le règne de Philippe-Auguste[3].
Situé entre la rue Saint-Denis, la rue de la Ferronnerie, la rue de la Lingerie et la rue Berger, il reçoit pendant treize siècles des dizaines de générations de Parisiens décédés dans les vingt-deux paroisses de la ville, ainsi que les cadavres évacués de l’Hôtel-Dieu et de la morgue. D’un petit cimetière de campagne, il devient le plus grand cimetière de Paris, et est progressivement entouré de constructions, jusqu’à devenir partie intégrante d’un des quartiers les plus animés de la ville. Les guerres, les épidémies ou les famines apportent leur lot de milliers de cadavres à inhumer dans cet espace restreint, ce qui rend leur décomposition de plus en plus difficile. Les fosses communes atteignent alors plus de dix mètres de profondeur. À la fin du XVIIIe siècle, le sol du cimetière se situe en conséquence à plus de deux mètres au-dessus du niveau de la rue, entraînant des problèmes d’insalubrité, dénoncés de longue date[4].
La décomposition sans cesse renouvelée de milliers de cadavres favorise la propagation de maladies. Dès 1554, des médecins de la faculté de Paris s’indignent en vain contre les risques d’épidémies que fait peser l’existence du cimetière. En 1737, des médecins de l’Académie royale de sciences confirment cette analyse et les plaintes des riverains ne font que s’accumuler au fil des ans. Si les inhumations individuelles ne dépassent pas deux cents par an, les fosses communes, en revanche, accueillent jusqu’à mille cinq cents cadavres. Elles sont périodiquement vidées afin de faire de la place lors de la création de nouvelles fosses, et les ossements placés dans d’immenses charniers entourant le cimetière. Le dernier fossoyeur, François Pourrain, estime avoir enterré aux Innocents environ quatre-vingt-dix mille cadavres en moins de trente ans[5].
Un chroniqueur du XVIIIe siècle note que dans le quartier, le vin tourne au vinaigre en moins d’une semaine et que la nourriture se gâte en quelques jours. L’eau des puits est elle aussi contaminée par des matières putrides, la rendant de plus en plus impropre à la consommation. La situation amène même Voltaire à critiquer les autorités religieuses, qui persistent à enterrer des morts de façon aussi inconséquente pour la santé du peuple. En 1765, un arrêté du Parlement de Paris interdit toute inhumation dans les limites de la ville. Huit cimetières sont alors créés hors des murs de la capitale, renouant avec les traditions romaines. Mais la tradition, la résistance des autorités religieuses et la piété populaire empêchent de venir rapidement à bout de ces pratiques[4].
Fermeture du cimetière des Innocents
Début 1780, de curieux phénomènes sont signalés dans les caves environnantes du cimetière des Innocents : les exhalaisons provenant de la décomposition des cadavres sont si importantes qu’elles filtrent à travers les murs et éteignent les chandelles de suif. Il est alors décidé d’enduire de chaux les murs des caves du quartier. Mais le 30 mai de la même année, un incident spectaculaire marque la gravité du problème et entraîne enfin une prise de décision : le mur d’une cave de la rue de la Lingerie, contiguë au cimetière, cède sous la pression des milliers de cadavres contenus dans une fosse commune[6]. Par ailleurs, une raison économique contribue à accélérer le choix de la fermeture : la ville manque de marchés, celui des Halles manque de place et vient buter contre le mur du cimetière. C’est donc l’occasion de réaménager le cœur économique de la capitale et d’améliorer la circulation dans un quartier très encombré de jour comme de nuit[5].
Antoine-Alexis Cadet de Vaux, inspecteur de la salubrité de la ville de Paris, fait aussitôt emplir de chaux vive puis murer la cave et ordonne la fermeture définitive du cimetière. Alors fermé et interdit au public durant cinq ans, le cimetière est laissé à l’abandon et tombe dans un relatif oubli, ce qui facilite son déménagement quelques années plus tard en limitant les oppositions. Si les inhumations sont à nouveau interdites dans Paris intra-muros, aucune solution n’est en revanche trouvée concernant les émanations issues des cimetières désaffectés[6].
En 1782, un projet anonyme publié à Londres[7] et présenté aux autorités de la ville de Paris ainsi qu’aux ecclésiastiques propose une solution originale au problème : s’inspirant des nécropoles souterraines antiques, cet opuscule anonyme en vente dans les magasins de nouveautés suggère de profiter des consolidations réalisées depuis plusieurs années par l’Inspection générale des carrières pour installer un ossuaire dans une ancienne carrière souterraine. L’auteur détaille même son idée : il imagine d’enduire les corps d’une sorte de résine pour ralentir la putréfaction et d’installer en sous-sol un atelier d’embaumement ou un séchoir à cadavres. La température constante en sous-sol serait judicieusement exploitée pour la conservation des corps éventuellement embaumés, technique utilisée avec succès dans les catacombes capucines de Palerme. Au-delà du seul transfert des ossements, l’auteur imagine dans un but philanthropique d’entreposer directement sous terre les corps après traitement, ce qui économiserait ainsi aux familles les dispendieux frais de cercueil et de pierre tombale.
Enfin, la santé des employés d’un tel lieu est également prise en compte : il propose de recouvrir les cadavres d’une épaisse couche de glaise ou de bitume, afin d’éviter une atmosphère trop méphitique[8]. C’est donc en 1782 qu’on donne le nom impropre de catacombes à ce lieu, car il ne s’agit pas vraiment de cimetière souterrain avec tombes et monuments funéraires comme dans les catacombes de Rome. Par extension, le nom de catacombes a fini par désigner, à tort, les galeries creusées par le service d’inspection des carrières pour relier toutes les carrières entre elles alors que leur vrai nom est aujourd’hui « galeries de servitude établies au niveau des anciennes carrières souterraines de la ville de Paris »[9].
Après de multiples débats, le projet est finalement approuvé. Le lieutenant de police Lenoir envisage alors le transfert à l’extérieur de Paris des ossements contenus dans le cimetière des Innocents. L’aménagement à cette fin des carrières souterraines de la Tombe-Issoire, situées sous la plaine de Montrouge au-delà de la barrière d’Enfer au sud de la capitale, lui semble parfaitement convenir[8].
La municipalité et les autorités religieuses décident de réaliser dès 1785 les premiers aménagements. Afin de ne pas froisser la susceptibilité de grandes familles qui possèdent des sépultures aux Innocents, un espace réservé et clos de murs, dit clos de la Tombe-Issoire, est aménagé afin d’exposer les pierres tombales ouvragées ainsi que les plus beaux monuments funéraires présents sur la rive droite. Le terrain en surface au-dessus du futur ossuaire appartient depuis le Moyen Âge à la communauté de Saint-Jean-de-Latran, qui possède déjà de longue date dans son sous-sol un caveau destiné à recevoir les corps des chevaliers templiers[10].
Un arrêt du Conseil du Roi du 9 novembre 1785 décide la suppression du cimetière des Innocents avec évacuation des ossements, puis son réaménagement en marché public. La ville de Paris achète alors une ancienne maison de la Commanderie de Saint-Jean-de-Latran, dans l’actuelle rue Dareau alors située sur la commune de Montrouge, sous laquelle fut constitué un enclos souterrain de 11 000 m2 avec des méandres qui s’étendent sur près de 1 500 m sous l’espace compris entre les actuelles rues Dareau, d’Alembert, Hallé et du parc Montsouris.
Le nom de catacombes est donné aux carrières aménagées, par analogie avec les anciennes nécropoles souterraines de Rome, même si les lieux n’ont jamais servi de sépulture directe et n’ont aucun caractère sacré. Durant toute son existence, plus de deux millions de Parisiens ont été inhumés au cimetière des Innocents[11].
Aménagement des carrières
Dès les derniers mois de 1785, les transferts d’ossements à partir du cimetière des Innocents commencent. Les ossements sont progressivement retirés des charniers ainsi que du sol, puis nettoyés et entassés à l’aide de fourches dans des voitures closes. Un rite religieux scrupuleux est respecté : des chars funéraires couverts de catafalques noirs se rendent au crépuscule au puits de service des carrières de la Tombe-Issoire afin d’y déverser leur chargement. Ils sont précédés de chœurs de religieux portant la lanterne des morts, accompagnés de porteurs de torches et suivis de prêtres chantant l’office des morts. À la fin du parcours, le travail est plus brutal : les os sont précipités dans un puits d’extraction de pierres, à hauteur de l’actuel 21, avenue René-Coty[10].
Le 7 avril 1786, les catacombes sont bénies et consacrées par les abbés Motret, Maillet et Asseline, ministres de la religion, en présence d’architectes (Legrand, Molinos) et de l’Inspecteur général des carrières de Paris et plaines adjacentes Charles-Axel Guillaumot[12]. Le travail est réalisé sous la direction du successeur de Lenoir, Louis Thiroux de Crosne, lieutenant général de police, tandis que Guillaumot se charge de l’aménagement du site puis du transfert des ossements[11]. Le transfert dure quinze mois et l’opération est un succès. L’administration choisit en conséquence de généraliser la mesure : suivant l’exemple des Saints-Innocents, les autres cimetières parisiens, en particulier ceux accolés aux églises, sont peu à peu vidés à leur tour jusqu’en janvier 1788 et supprimés. L’opération se poursuit de 1787 à 1814.
Lors de l’aménagement du marché des fruits et légumes sous le Premier Empire à l’emplacement des Innocents, d’autres ossements sont mis au jour lors des travaux de fondation et suivent le même chemin. Les transferts reprennent enfin de 1842 à 1860, années durant lesquelles pas moins de huit cents voitures acheminant les ossements se dirigent vers l’ossuaire provisoire de Vaugirard, puis vers les catacombes. Ce sont ainsi dix-sept cimetières, cent-quarante-cinq monastères, couvents et communautés religieuses et cent-soixante lieux de cultes entourés de leur propre cimetière qui alimentent les carrières souterraines. Enfin, plusieurs années après, les grands travaux d’Haussmann fournissent des ossements oubliés, à leur tour transportés vers les catacombes[13].
Au bas du puits de déversement, des hommes recueillent les ossements déversés en vrac, et les chargent sur des brouettes ou dans de petits chariots de bois à destination du secteur qui leur est réservé dans les salles ou galeries souterraines. Chaque emplacement est signalé par une plaque gravée indiquant la provenance et la date du transfert. On estime à plus de six millions le nombre de dépouilles qui ont ainsi été déplacées durant un siècle dans une série d’ossuaires du 14e arrondissement qui existe encore sous Paris, ce qui en fait la plus grande nécropole visitée au monde[13]. Parmi eux, on peut notamment citer tous les grands noms de la Révolution française[11].
À la suite des journées révolutionnaires des 28-29 août 1788, du 28 avril 1789, du 10 août 1792, puis du massacre dans les prisons, et enfin des journées de septembre 1792, de nombreuses inhumations sont réalisées dans l’ossuaire. On y place, notamment, les ossements provenant du cimetière des Errancis, terrain situé à l’est du parc Monceau qui sert de cimetière en 1794.


