Quartier du Marais – Paris

Le Marais est un quartier parisien situé dans la plus grande partie des 3e et 4e arrondissements de Paris, sur la rive droite de la Seine.

Texte de Wikipédia
Le Marais est une ancienne zone de marécages comprenant dans sa partie nord depuis le XIIe siècle des terres du domaine féodal d’ordres religieux, parmi lesquels l’ordre du Temple et l’abbaye Saint-Martin-des-Champs, qui s’y installent et lotissent d’anciennes terres agricoles de leur domaine au fil des siècles. L’enceinte de Charles V fortifiée édifiée de 1356 à 1358 fixe sa limite au nord-est et à l’est. Le quartier devient le lieu privilégié de résidence de la noblesse et de la grande bourgeoisie parisienne au XVIIe siècle qui font construire des hôtels particuliers dont un grand nombre subsistent.
À partir du milieu du XVIIIe siècle le quartier est progressivement délaissé par l’élite parisienne au profit du Faubourg Saint-Honoré et du faubourg Saint-Germain plus proches de la cour de Versailles et qui offrent plus d’espace. La Révolution française achève de chasser les propriétaires fortunés. Le quartier est dès lors occupé par une population d’artisans et d’ouvriers qui occupe les anciens hôtels et construit des ateliers dans les anciennes cours intérieures.
Les grands travaux d’aménagements de Paris du XIXe siècle touchent peu le quartier qui conserve ses rues étroites, mais de nombreux immeubles de qualité sont progressivement détruits. Dans les années 1960, est lancé sous l’impulsion d’André Malraux un programme de sauvegarde et de préservation du quartier, à l’époque délabré et délaissé par les Parisiens[1].
Le quartier préservé est désormais, grâce à ses beaux immeubles, fréquenté par les touristes et recherché par les classes aisées. Au XXIe siècle, il est l’un des quartiers les plus prisés et les plus chers de Paris. De nombreux musées y sont installés. Plusieurs communautés s’y sont constituées au cours des années : juifs ashkénazes à la fin du XIXe siècle, Chinois après la Première Guerre mondiale, et lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres.
Moyen Âge
Le territoire du Marais ne s’est construit qu’après l’époque gallo-romaine, où la ville (Lutèce) établie sur la rive gauche et l’île de la Cité, ne s’était pas étendue à la zone marécageuse de la rive droite. Cet espace n’était traversé que par trois voies, une première correspondant à l’actuelle rue Saint-Martin dans le prolongement vers le nord du cardo (actuelle rue Saint-Jacques sur la rive gauche), une deuxième se raccordant à celle-ci à l’emplacement de l’actuelle avenue Victoria et se poursuivant en direction de Melun à l’emplacement de la place de l’Hôtel-de-Ville, des rues François-Miron et Saint-Antoine[3].
Ces voies étaient peut-être d’origine gauloise. Une troisième voie ancienne, datant probablement du Haut-Empire, se raccordait à celle-ci au niveau de l’actuelle église Saint-Paul-Saint-Louis, suivait le tracé de la rue du Roi-de-Sicile et de la rue de la Verrerie et se prolongeait vers l’ouest par une voie parallèle à la Seine.
L’urbanisation du Marais s’est progressivement étendue de l’époque mérovingienne à la fin du XVIIe siècle à partir du monceau Saint-Gervais à l’abri des inondations où la première trace d’occupation humaine est une nécropole gallo-romaine du Bas-Empire (IVe siècle ou Ve siècle). Après l’assèchement des marais, le développement du territoire correspond aux périodes de croissance démographique (Moyen Âge jusqu’au début du XIVe siècle puis deuxième moitié du XVIe siècle et XVIIe siècle) qui conduisent les propriétaires de domaines féodaux, principalement ecclésiastiques, à lotir les terres agricoles.
Cette expansion de la ville est partie des bords de Seine, place de Grève et du monceau Saint-Gervais, en direction de l’ouest et du nord, les derniers secteurs construits étant situés au nord-est du quartier en bordure de l’enceinte de Charles V (boulevards des Filles-du-Calvaire et du Temple).
Les premières églises sont construites sur le tertre insubmersible du monceau Saint-Gervais qui s’étend jusqu’à la rue Beautreillis, Saint-Gervais à son emplacement actuel au VIe siècle au centre de la première paroisse constituée en dehors de l’Île de la Cité et une chapelle à l’origine de la première église Saint-Paul au 32 rue Saint-Paul entre 632 et 642. L’aménagement du port de Grève date probablement de l’époque carolingienne (VIIIe siècle ou IXe siècle). Les constructions se développent à partir de ce premier noyau sur le bourg Saint-Merri, autre monceau insubmersible.
Une première enceinte du Xe siècle ou du XIe siècle englobe ce bourg, le monceau Saint-Gervais et la rue de la Verrerie qui était la limite des crues extrêmes de la Seine jusqu’au Haut Moyen Âge. L’enceinte de Philippe-Auguste englobe en 1190-1209 un territoire encore en partie non construit qui se bâtit rapidement au XIIIe siècle le long de rues tracées à cette époque dont beaucoup ont disparu. Les rues de la Verrerie et du Roi-de-Sicile faisaient partie d’un chemin parallèle à la rue Saint-Antoine, en liaison avec les Halles[4].
Au nord, le développement du Marais résulte de lotissements de parties des terrains agricoles de grands domaines ecclésiastiques. Celui de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs qui crée le bourg Saint-Martin-des-Champs entre la rue Saint-Martin et le rue du Temple. Celui de l’ordre du Temple construit un prieuré entouré de murailles, à l’extérieur de l’enceinte de Philippe Auguste au niveau de l’actuel square du Temple. Il réalise un important travail de lotissement appelé Ville-Neuve du Temple qui s’étend du prieuré jusqu’à l’enceinte de Philippe Auguste : de cette époque reste le tracé des rues de part et d’autre de la rue des Archives[5].
Plusieurs établissements religieux sont créés aux alentours : les couvents des Blancs-Manteaux, des Billettes (dont le cloître médiéval est le dernier debout à Paris) et d’autres dont les bâtiments ont pour la plupart été démolis, tels ceux du couvent Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie ou du prieuré Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers. Au milieu du XIIIe siècle Charles d’Anjou, roi de Sicile et frère de saint Louis avait fait construire sa résidence au niveau du no 7 de la rue de Sévigné actuelle[6].
En 1361, le roi de France Charles V regroupe un ensemble de bâtiments connus sous l’appellation de l’hôtel Saint-Pol dans lesquels il s’installe et dans lequel vivra également son fils. Le roi se méfie des Parisiens et en cas d’émeute, il peut se réfugier dans La Bastille, porte mais aussi forteresse, sur la route qui mène au château de Vincennes. Un certain nombre de familiers du roi viennent alors s’installer dans le quartier et l’hôtel des Tournelles devient une seconde résidence royale.
La Renaissance
Après plus d’un siècle de stagnation démographique (grande peste, guerre de Cent Ans), l’expansion urbaine reprend au XVIe siècle.
François Ier revend par lots l’hôtel Saint-Pol pour couvrir ses dépenses et assainir ses finances. Un quartier est construit sur les rues ouvertes sur les terrains de ce palais dans le quadrilatère entre le quai des Célestins, la rue du Petit-Musc, la rue Saint-Antoine, et la rue Saint-Paul.
À la même époque, les religieux du couvent Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers se séparent d’une partie de leurs terres cultivées. Du lotissement de la Culture Sainte-Catherine subsistent aujourd’hui 7 hôtels de la Renaissance, dont les hôtels d’Albret, Lamoignon et Carnavalet[5]. À la suite du décès accidentel d’Henri II, Catherine de Médicis obtient la destruction de l’hôtel des Tournelles dont l’emplacement reste un terrain vague pendant un demi-siècle.
Le grand siècle
La création de la place Royale (future place des Vosges) de 1607 à 1612 à l’initiative de Henri IV relance la construction de grands hôtels particuliers par la haute noblesse. Le premier ministre de l’époque Sully s’établit lui-même dans l’hôtel qui porte encore aujourd’hui son nom. L’ordre des Jésuites décide de bâtir sa maison professe dans ce quartier des élites, autour de l’église Saint-Louis à deux pas de l’église Saint-Paul aujourd’hui disparue. La marquise de Sévigné se rendait régulièrement à la messe dans cette église pour écouter les célèbres homélies du père Louis Bourdaloue. On y entendait la musique des plus grands compositeurs français de cette époque : Marc-Antoine Charpentier, André Campra, Louis Marchand et Jean-Philippe Rameau.
Malgré son abandon, le projet place de France impulse une extension de l’urbanisation de 1610 aux années 1640 sur le dernier grand espace encore non bâti du Marais sur les terrains de la Couture du Temple (entre l’enceinte de Charles V, actuel boulevard des Filles-du-Calvaire, et la rue Charlot) et ceux de la couture Saint-Gervais à proximité, autour de la rue des Coutures-Saint-Gervais et entre la rue Saint-Claude et la rue Saint-Gilles.
Michel Villedo réalise deux églises. Entre 1632 et 1634, sous la direction de l’architecte François Mansart il construit, rue Saint-Antoine, l’église de la Visitation-Sainte-Marie (actuel temple protestant du Marais). L’église sera fermée en 1793 et transformée en dépôt de livres, elle sera affectée au culte protestant en 1802. En 1643, rue du Temple, il continue pour la terminer vers 1646 la construction de l’église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, commencée en 1628 par le maître-maçon Louis Noblet et arrêtée en 1631. L’église sera consacrée par Jean-François Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, alors coadjuteur de l’archevêque de Paris.
Le Marais connaît son âge d’or au XVIIe siècle.
Le dernier territoire encore non construit du Marais, d’une étendue plus limitée, est aménagé dans les années 1690 sur des terrains appartenant à l’ordre du Temple entre l’enclos du Temple et le boulevard du Temple, assainis à la suite du détournement d’un égout. Des hôtels particuliers et un couvent sont construits le long de la rue de Vendôme, actuelle rue Béranger ouverte à cette époque.

