Place de la Concorde – Paris

La place de la Concorde (initialement « place Louis XV »), qui s’étend sur 7,56 hectares, est la plus grande place de Paris.

Texte de Wikipédia
Cet ensemble monumental est, au point de vue de l’aménagement urbain, la plus importante création du siècle des Lumières dans la capitale. Il exprime un moment privilégié dans l’évolution du goût français : celui qui voit, vers le milieu du XVIIIe siècle, le déclin du style rocaille et la naissance d’un nouveau classicisme dont Ange-Jacques Gabriel, son architecte, et Edmé Bouchardon, le sculpteur de la statue équestre de Louis XV érigée au centre de la place et détruite à la Révolution, sont parmi les pionniers.
Sa dénomination a changé de nombreuses fois, traduisant l’instabilité des régimes politiques de la France depuis 1789 et une série d’événements joyeux, tragiques ou glorieux, certains d’une grande portée historique, qui se sont déroulés sur son sol. Elle s’est appelée « place Louis XV », puis « place de la Révolution » après le 10 août 1792, « place de la Concorde » sous le Directoire, le Consulat et l’Empire, à nouveau « place Louis XV » puis « place Louis XVI » sous la Restauration, « place de la Charte » en 1830, pour reprendre enfin sous la monarchie de Juillet le nom de « place de la Concorde » ; de même, les monuments qui ont orné ou auraient dû orner son centre : statue équestre de Louis XV, statue de la Liberté, statue de Louis XVI, obélisque de Louxor.
Les aménagements, modestes sous la Révolution (installation des chevaux de Marly en 1794), ont été importants sous la monarchie de Juillet (en 1836, érection de l’obélisque, travaux d’embellissement de Hittorff : les deux fontaines, les statues des huit principales villes de France (les huit « matrones » vêtues à la grecque et couronnées de tours, leurs socles logeant des fonctionnaires et leur famille en attendant l’érection des statues[1], les lampadaires et les colonnes rostrales).
Le Second Empire bouleversa la physionomie de la place : sur ordre de l’empereur, les jardins bas de Gabriel seront supprimés pour améliorer la circulation, contre l’avis du baron Haussmann qui déplorera cette mesure dans ses mémoires[2]. Le dernier aménagement sur le plan de l’architecture a été en 1931 la disparition de l’hôtel Grimod de La Reynière, construit en 1775 dans le respect de l’ordonnance de Gabriel, mais défiguré au fil du temps par des adjonctions successives, et son remplacement par l’ambassade des États-Unis dans le respect du projet originel. Depuis 1937, aucun changement notable ne peut plus affecter la place qui est classée dans son ensemble. Signalons un dernier embellissement en 1998, à l’initiative de l’égyptologue Christiane Desroches Noblecourt, la mise en place du pyramidion doré de l’obélisque.
Origine du nom
Le nom aurait été choisi par le Directoire pour marquer la réconciliation des Français après la Terreur et les appeler à la « concorde », dans le souhait où se trouvait le nouveau régime d’abandonner le nom de « place de la Révolution » qui avait été donné à la place au commencement de la première Terreur à la chute de la monarchie lors de la journée du 10 août 1792.
XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, ce n’était qu’une esplanade entourée, à moitié d’un fossé qui servait de Dépôt des marbres pour les Bâtiments du Roi et communiquait par une barrière, avec un poste de gabelle et le port aux marbres[9]. Deux grands égouts découverts traversaient les deux extrémités de ce terrain, l’un coulant dans le fossé des Tuileries, l’autre le long des Champs-Élysées. La Ville de Paris, en la personne de ses échevins et de son prévôt des marchands, décide, en 1748, d’ériger une statue équestre de Louis XV pour fêter le rétablissement du roi après la maladie dont il a été atteint à Metz.
Un concours est lancé pour trouver le meilleur emplacement, concours auquel participent dix-neuf architectes, parmi lesquels Germain Boffrand, Gabriel de Lestrade et Jacques-Germain Soufflot[Note 1]. L’un d’eux, Ange-Jacques Gabriel, propose de retenir une simple esplanade de terre battue, sans fonction, sans dessin, qui se situe au bout du jardin des Tuileries, et qu’on appelle « esplanade du Pont-Tournant », en référence à un pont de bois qui enjambe alors le fossé bordant la terrasse des Tuileries. Bien qu’excentré, l’endroit peut servir à l’urbanisation des nouveaux quartiers qui tendent à se construire vers l’ouest de la capitale, dans le faubourg Saint-Honoré.
Le Roi est propriétaire de l’essentiel de ces terrains, ce qui permet de limiter les expropriations nécessaires. Avant même que la décision ait été officiellement prise, des négociations ont été engagées avec les héritiers de John Law, propriétaires de terrains qui empiètent sur l’emplacement nécessaire à la création, à cet endroit, d’une place royale , inscrite dans le vaste réseau de places royales qui vont, à Rennes, Rouen, Bordeaux, Dijon, Nantes ou Montpellier, théâtraliser la représentation équestre de Louis XV. Espaces de parade pour la statue, ces places se développent selon un principe qui va rester, à Paris, très ouvert, parce qu’il s’inscrit dans une zone encore vierge d’urbanisation. Valorisée par les façades dessinées par Gabriel, la place Louis XV devient un intermède architectural entre les frondaisons des Tuileries et l’échappée verte des Champs-Élysées.
En 1753, un concours est ouvert pour l’aménagement de l’esplanade, réservé aux membres de l’Académie royale d’architecture. Gabriel, directeur de l’Académie en sa qualité de Premier architecte du Roi, est chargé d’établir un projet empruntant les meilleures idées émises par les concurrents. Bénéficiant du soutien de Madame de Pompadour, qui supervisera l’ensemble des travaux, son projet est accepté en 1755. L’accord entre la Ville de Paris, les représentants du Roi et les héritiers de Law est signé en 1758. En échange des terrains qu’ils cèdent, les héritiers recevront le bâtiment situé au nord-ouest de la place ainsi que les terrains à construire de part et d’autre de la future rue Royale. Ils consentent à payer la construction des façades de tous les bâtiments dont ils auront la propriété et acceptent la servitude de galeries publiques sur la place.
Commencée par Edme Bouchardon et achevée par Jean-Baptiste Pigalle, la statue équestre de Louis XV est inaugurée le 20 juin 1763. Elle est placée au centre de l’esplanade, face à l’est, à l’intersection de l’axe de la nouvelle rue Royale, qui relie la Madeleine à la Seine, et de l’axe du jardin des Tuileries et de l’avenue des Champs-Élysées. Le roi est vêtu à la romaine, coiffé d’un catogan et couronné de lauriers. Le piédestal, dû à Jean-François-Thérèse Chalgrin, est orné de bas-reliefs et, à chaque angle, d’une statue de bronze évoquant les vertus du Roi : la Force, la Justice, la Prudence et la Paix. Comme le monarque est devenu, à l’époque de l’inauguration de la statue, largement impopulaire, on la chansonne en ces termes :
Ah ! la belle statue, ah ! le beau piédestal,
Les vertus sont à pied et le vice à cheval.
Le 30 mai 1770, la place est le théâtre d’un événement dramatique, le « grand étouffement » : alors qu’un feu d’artifice est tiré en l’honneur du mariage du dauphin et de l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche, 132 personnes périssent piétinées et étouffées lors d’une panique provoquée par un incendie déclenché par la chute d’une fusée. En 1771, la foire Saint Ovide, située auparavant place Louis-le-Grand, vient s’installer sur la place, mais disparaîtra en 1777 à la suite d’un incendie[13]. Plusieurs directeurs de spectacles organisèrent des représentations au profit des victimes. C’est le premier acte de bienfaisance de cette nature[14].
La place est achevée en 1772. Une enceinte octogonale, pourvue d’une balustrade, bordée de fossés de 20 mètres de large et cantonnée de guérites, est créée pour ceindre ce vaste espace. Seul le côté nord de la place est bâti, ce qui dégage la vue sur la Seine. Une partie du programme ne sera toutefois jamais réalisée : ainsi, Gabriel avait prévu de surmonter les guérites de groupes sculptés représentant des trophées, et de créer deux fontaines de part et d’autre de la statue ; en outre, les deux grands bâtiments au nord de la place devaient être encadrés, légèrement en retrait, par deux hôtels plus petits et identiques.
La place est baptisée « place Louis XV ». En 1776, l’espace intérieur est divisé en quatre compartiments de gazon entourés de barrières peintes en vert. En 1789, l’architecte Bernard Poyet propose au roi un aménagement de la place Louis XV avec l’édification de bâtiments aux quatre angles de la place. L’opéra eût été installé dans le bâtiment du nord-est, mais ce projet n’a pas de suite.

