Moulin-Rouge – Paris

Le Moulin-Rouge est un cabaret parisien fondé en 1889 par le Catalan Josep Oller et par Charles Zidler, qui possédaient déjà l’Olympia. Il est situé sur le boulevard de Clichy dans le 18e arrondissement de Paris

Texte de Wikipédia
La Belle Époque est une période de paix et d’optimisme marquée par le progrès industriel et un foisonnement culturel particulièrement riche. Les expositions universelles de 1889 (célébration du centenaire de la Révolution française et présentation de la tour Eiffel) et de 1900 en sont les symboles. Le japonisme, courant artistique d’inspiration orientale avec pour brillant disciple Toulouse-Lautrec, est à son apogée.
Montmartre, au milieu d’un Paris de plus en plus gigantesque et dépersonnalisé, a su garder une ambiance de village bucolique. Il y eut jusqu’à 30 moulins à vent sur la butte Montmartre (dont 12 rue Lepic) qui broyaient du grain, du maïs, du plâtre, de la pierre. Étymologiquement, on oppose à « cabaret » ou « cabret » (terme d’origine picarde, signifiant « petite chambre » ou « établissement où l’on sert des boissons »), ce que Jean Deny appelle le prototype arabe kharabat (« خربات »)[10] signifiant « cabaret » en turc[11], persan[12] et pachto[13], ou encore khammarât « خمارات »[14], autre racine arabe proposée par Antoine-Paulin Pihan. La revue est à l’époque une petite pièce comique ou satirique passant en revue l’actualité et ses personnalités, avec humour et irrévérence.
Le 6 octobre 1889, le Moulin-Rouge est inauguré au pied de la butte Montmartre à l’emplacement de l’ancien Bal de la Reine Blanche, date judicieusement programmée au lendemain de la dernière fête de nuit avant la fermeture annuelle du Jardin de Paris des Champs-Élysées exploité par les mêmes propriétaires et dont les habitués se retrouveront dans le nouvel établissement de la place Blanche[15].
Son créateur Joseph Oller et son directeur et associé Charles Zidler sont de redoutables hommes d’affaires, qui connaissent bien les goûts du public[16]. L’objectif est de permettre aux plus riches de venir s’encanailler dans un quartier à la mode, Montmartre. Le lieu extravagant – le jardin est agrémenté d’un gigantesque éléphant[17] en stuc provenant de l’exposition universelle de 1889[18] – permet à toutes les populations de se mélanger. Petits employés, résidents de la place Blanche, artistes, bourgeois, hommes d’affaires, femmes élégantes et étrangers de passage s’y côtoient. Surnommé « Le Premier Palais des Femmes » par Oller et Zidler, le cabaret connaît rapidement un vif succès.
Ingrédients du succès
Une architecture de salle révolutionnaire qui permettait des changements de décor rapides et où tous les publics se mélangeaient. Des soirées festives, au champagne, où l’on danse et rit énormément grâce à des attractions pleines d’humour et qui changent régulièrement, comme celle du Pétomane. Une nouvelle danse inspirée du Quadrille ou « chahut » est de plus en plus populaire : le French Cancan, exécutée sur un rythme endiablé par des danseuses aux costumes affriolants avec des jupons et des culottes fendues[19]. Des danseuses illustres resteront dans l’Histoire du Moulin-Rouge, incluant La Goulue, Jane Avril, la Môme Fromage, Grille d’Égout, Nini Pattes en l’Air, Germaine Pichot[20] et Yvette Guilbert. Le Moulin-Rouge est un lieu aimé des artistes, dont le plus emblématique est Henri de Toulouse-Lautrec. Ses affiches et ses tableaux assurèrent au Moulin-Rouge une notoriété rapide et internationale.
Montmartre
À la fin du XIXe siècle, il existait deux Montmartre : celui des fêtes et celui des artistes qui venaient y chercher la qualité de la lumière au-dessus de la pollution de la grande cité et les loyers modérés. Ces deux mondes cohabitaient et se mélangeaient avec deux valeurs communes : le plaisir et la beauté. Les artistes de Montmartre comptaient Henri de Toulouse-Lautrec, Auguste Renoir, Juan Gris, Georges Braque, Kees van Dongen, Guillaume Apollinaire, Alphonse Allais, Pablo Picasso, Marcel Proust, Maurice Utrillo, Amedeo Modigliani, Chaïm Soutine, Pierre Bonnard, Roland Dorgelès, Max Jacob, Pierre Mac Orlan. Au milieu d’une ville de plus en plus gigantesque et dépersonnalisée, Montmartre cultive son esprit village, grande famille qu’on s’est choisie, son aspect bucolique avec les vendanges, c’est-à-dire humain.
Le Moulin-Rouge affiche « Bal, divertissements, variétés » ; Henri de Toulouse-Lautrec fête ses 25 ans, il est dans la salle. Visionnaires, Joseph Oller, créateur propriétaire, et Charles Zidler, directeur, imaginent un lieu rehaussé d’un gros moulin peint en rouge et illuminé la nuit afin d’être bien visible depuis les Grands boulevards et le bas de la rue Blanche. Le Moulin-Rouge, très différent des autres moulins de la butte Montmartre avait pour vocation essentielle d’être l’enseigne de l’établissement. Dessiné par Adolphe Willette, il fut le premier bâtiment électrifié de Paris.
Sa forme et sa couleur immédiatement reconnaissables en ont fait un des emblèmes de Paris. Joseph Oller n’en est pas à sa première création, entre autres, parmi les plus célèbres : inventeur du Pari mutuel en 1867, fondateur d’un des premiers grands parcs d’attraction avec les montagnes russes boulevard des Capucines en 1887, créateur de l’Olympia en 1893. La femme prend une place primordiale dans le cabaret qui promet « de l’or et des jambes de femme ». Oller et Zidler voulait créer « le premier palais de la femme ».
Dans la société de cette fin du XIXe siècle, « le sexe était perçu comme une chose peu honorable et l’expression du plaisir n’existait que dans les amours illicites, réservés aux hommes[21]. » Excepté en sculpture et en peinture, le corps féminin n’est jamais dévoilé (y compris les mains, porteuses de gants dans le beau monde, et les cheveux, toujours surmontés d’un chapeau agrémenté souvent d’une voilette).
La curiosité excite l’imagination des hommes, leurs fantasmes les conduisent au Moulin-Rouge. La Goulue et autres chahuteuses dansent sur des rythmes endiablés et jouent de leurs « gambettes » dévoilées en partie. Dès le début pourtant, les hommes ont aussi la vedette, avec Valentin le Désossé. Ses deux personnages ont été des vedettes instantanées, mais Louise Weber, surnommée « la Goulue », est devenue avant l’heure une véritable « star » par son audace et son énergie. Tête d’affiche permanente, elle est le symbole du cancan et du Moulin-Rouge. Artiste la mieux payée de Paris, elle est adulée par Henri de Toulouse-Lautrec qui en fait son modèle favori[22].


