Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre – Paris

La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, dite du Vœu national, située au sommet de la butte Montmartre, dans le quartier de Clignancourt du 18e arrondissement de Paris (France), est un édifice religieux parisien majeur, « sanctuaire de l’adoration eucharistique et de la miséricorde divine » et propriété de la commune de Paris

Texte de Wikipédia
La construction de cette église, monument à la fois politique et culturel, suit l’après-guerre de 1870. Elle est déclarée d’utilité publique par une loi votée le 24 juillet 1873 par l’Assemblée nationale de 1871 ; le bâtiment est officiellement achevé en 1923. La volonté de construire cette basilique s’inscrit dans le contexte de recharge sacrale et sa construction s’est déroulée dans le cadre de l’instauration d’un « ordre moral »[2] mais sans rapport avec les événements de la Commune de Paris, puisque le voeu de la construire date de décembre 1870, soit trois mois avant[3].
Sa situation à 130 mètres d’altitude près de l’un des points culminants de Paris, et son dôme qui s’élève à 83 mètres, la rendent visible de très loin. Avec près de onze millions de pèlerins et visiteurs par an, c’est le deuxième monument religieux parisien le plus visité après la cathédrale Notre-Dame de Paris, Depuis longtemps la colline de Montmartre a été un lieu de culte pour beaucoup de pélerins : paganisme gaulois supposé puis temples gallo-romains dédiés à Mercure et probablement à Mars ; culte chrétien après le martyre de l’évêque Denis de Paris au IIIe siècle, chapelle surmontant la crypte du martyrium de saint Denis, construction au XIIe siècle de l’église Saint-Pierre, parmi les plus anciennes de Paris, pour l’abbaye royale de Montmartre par le roi Louis VI et sa femme Adélaïde de Savoie. Le nom de la colline de Montmartre vient selon les uns du nom du lieu, Mons Martis (mont de Mars) ou selon les autres de Mons Martyrum (mont des Martyrs).
L’église de Montmartre qui s’est substituée aux temples romains a été élevée en l’honneur des saints martyrs Denis de Paris, Rustique de Paris et Éleuthère décapités selon la légende[5] sur la colline et dont une chapelle, située sur le flanc sud de la butte, devait commémorer le lieu traditionnel du supplice, en prenant le nom de Saint-Martyre. Le mont de Mars a donc pu être réinterprété vers le IXe siècle en Mont des Martyrs (Mons Martyrum), puis par dérivation populaire en « mont de martre », martre signifiant « martyr » en ancien français[6]. La substitution toponymique du mont païen par le mont chrétien reste cependant hypothétique et la double étymologie (mont de Mars et mont des Martyrs) est encore actuellement traditionnellement proposée. Il faudrait, « pour pouvoir trancher la question, savoir comment le peuple, dans son langage parlé, appelait cette colline avant le IXe siècle, puisque c’est à cette époque que les documents écrits enregistrèrent le changement de nom ».
La construction de la basilique du Sacré-Cœur est parfois associée aux événements de la Commune de Paris au titre qu’elle aurait été construite pour « expier les crimes des communards ».
Aucune inscription ou dédicace dans la basilique ne la relie explicitement aux évènements de la Commune alors que le bâtiment renferme, par ailleurs, de nombreuses inscriptions explicatives sur son origine, les motivations des constructeurs, les étapes de sa construction ou encore son sens spirituel. Une plaque située sur la partie droite de la nef peut néanmoins être lue comme une référence aux différents évènements révolutionnaires : « En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. […] Et pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l’infinie miséricorde du Sacré-Cœur de Notre Seigneur Jésus Christ le pardon de nos fautes »[23].
La construction a commencé après la répression puis l’instauration d’un « ordre moral » promu par les conservateurs dans l’Assemblée nationale de 1871 et des rapprochements ont été faits par les constructeurs eux-mêmes. Ainsi, l’architecte Hubert Rohault de Fleury a déclaré lors de la pose de la première pierre : « C’est là où la Commune a commencé, là où ont été assassinés les généraux Jacques Léonard Clément-Thomas et Claude Lecomte, que (s’élève) l’église du Sacré-Cœur ! Nous nous rappelons cette butte garnie de canons, sillonnée par des énergumènes avinés, habitée par une population qui paraissait hostile à toute idée religieuse et que la haine de l’Église semblait surtout animer ». Et le choix de la colline de Montmartre, et même du lieu précis des premières exécutions communardes, est en effet notable.
Tout en reconnaissant que le projet est ancien, l’historienne spécialiste des mouvements révolutionnaires Mathilde Larrère souligne ainsi que « le choix d’ériger l’édifice sur la butte Montmartre, où commença le 18 mars 1871 la Commune, où elle s’acheva dans un bain de sang à la fin mai, tenait de la provocation – la même basilique au fond du XVIe arrondissement n’aurait pas eu le même sens »[24].
Dans un ouvrage biographique de 1893 consacré à l’autre co-auteur du vœu national, Alexandre Legentil, Michel Bony écrit : « La France chrétienne choisit Montmartre, parce que Montmartre est la montagne des martyrs, le berceau de la foi apportée par saint Denis et ses compagnons, et qu’il fut pendant des siècles le pèlerinage aimé des saints et de la France croyante. Pourquoi ne pas ajouter encore : parce que Montmartre était devenu le foyer de l’action impie et révolutionnaire ! ». Lui-même catholique réactionnaire, Michel Bony y insiste sur le parallèle entre la construction de l’édifice et les évènements de la Commune, qu’elle doit expier.
Jacques Benoist, prêtre catholique et auteur d’une thèse sur le Sacré-Cœur, relativise l’impact de la Commune dans la genèse du projet sans le nier entièrement. Il estime que les initiateurs du projet réagissaient en premier lieu au libéralisme de la société du Second Empire et à la prise des États pontificaux par les partisans de l’unité italienne mais que l’insurrection communarde s’est ajoutée à ces motifs et indique qu’il a d’ailleurs été sérieusement envisagé de construire la basilique sur les hauteurs de Belleville car c’était le lieu d’exécution des otages de la Commune[26].
Par ailleurs, l’historien spécialiste de la Commune Éric Fournier rappelle la symbolique particulière entourant la figure du Sacré-Cœur, que Louis XVI priait pour son rétablissement comme roi de droit divin. Éric Fournier affirme en outre que le Sacré-Cœur était, au XIXe siècle, une figure chère aux catholiques intransigeants. Selon l’historien, bien que le projet initial ne soit pas explicitement relié à la Commune, sa construction ne peut être dissociée de la volonté des conservateurs d’expier les « fautes nationales » des Français, c’est-à-dire l’ensemble des épisodes révolutionnaires depuis 1789[27]. Il souligne en outre que la teneur politique du projet semble unanimement comprise par la classe politique de l’époque, le soutien des réseaux réactionnaires étant crucial dans l’aboutissement du projet tandis que les députés radicaux socialistes s’y opposent par principe et manquent de peu de le faire avorter. Il avance que l’impact du souvenir de la Commune dans les milieux catholiques aurait été décisif dans la concrétisation du projet.
Historiquement, l’idée d’une association à la Commune de Paris ne s’est développée que progressivement[28]. Aux yeux des Parisiens proches des communards, la basilique est devenue un symbole de répression. Selon le géographe britannique David Harvey, sa construction « a été perçue par beaucoup » comme un acte de pénitence pour les excès de la Commune et reste, de nos jours, un symbole politique[29],[30].
Cette association continue encore à se renforcer à l’époque contemporaine. Ainsi, l’espace vert en contrebas de la basilique est baptisé Square « Louise Michel » en 2004, du nom de la communarde Louise Michel. Régulièrement, des personnalités politiques de gauche font des déclarations alimentant dans l’imaginaire collectif l’idée d’une basilique bâtie sur le sang des communards.

